Adapter son temps de travail : la semaine de 4 jours avec Vincent Genillion, co-fondateur de Starteo.
Adapter son temps de travail : la semaine de 4 jours avec Vincent Genillion, co-fondateur de Starteo.

Je suis Anaïs Beaucourt, consultante en innovation RH et vous écoutez Holi RH

L’objectif de ces épisodes est de mettre en lumière des entreprises et leurs pratiques RH. Tout au long de votre écoute, nous vous donnons des clefs et des outils pour vous guider dans vos réflexions et pour gagner en autonomie et sérénité dans votre GRH.

Le mouvement international en faveur de la semaine de 4 jours est en plein essor. Ses tenants affirment qu’une telle organisation permet non seulement d’améliorer le bien-être des employés en réduisant le stress mais également leurs performances au travail.

Il y a 2 ans, l’entreprise Perpetual Guardian a fait le choix d’accorder chaque semaine une journée de congé supplémentaire à ses employés. Son fondateur, Andrew Barnes, découvre que dans le monde entier les employés sont productifs que quelques heures par jour. Dans cette entreprise, la démarche consiste à admettre l’existence de périodes de relâchement lors des journées de travail.

Une étude a montré que la productivité augmente de 40% lorsque les employés sont moins stressés.

Aujourd’hui, j’échange avec Vincent Genillion, co-fondateur de Starteo agence de communication digitale. Récemment, Vincent et Mickael son associé, ont décidé de mettre en place la semaine à 4 jours. Voici son retour d’expérience !

Bonjour Vincent, 

Comment vas-tu ? 

Bien merci et toi ? Je suis très content d’être avec toi aujourd’hui, de pouvoir échanger sur les ressources humaines, le management. Je voulais te remercier pour ton invitation à participer au podcast. 

Merci à toi, en tout cas, d’avoir répondu positivement. Je suis vraiment très contente de t’interviewer. Mon attention s’est portée sur un post que tu avais publié sur LinkedIn mais nous allons y revenir un peu plus tard. 

Peux-tu nous parler de Starteo ?

Starteo est une agence de communication que j’ai fondé il y a 10 ans. Nous avons fêté les 10 ans, le mois dernier avec mon associé Mickael. Pour l’anecdote (qui va expliquer beaucoup de choses par la suite). On est des amis d’enfance avec Mickael. Nous ne nous sommes jamais quittés, nous avons été ensemble en seconde puis nous avons eu notre bac ensemble. Ensuite, nous avons fait la même école de commerce puis à la sortie de l’école de commerce, nous avons travaillé pendant deux ans dans la même société puis un jour nous nous sommes dit qu’il fallait que l’on monte notre boîte ensemble. 

A l’époque, on travaillait dans le secteur de la vente en ligne, dans le digital. Et donc, c’est de cette manière que Starteo est né, il y a 10 ans. Pour faire rapide, Starteo est une agence de communication composée de 10 collaborateurs et nous accompagnons les entreprises, les collectivités sur tout ce qui va être le développement d’image – logo, l’identité de l’entreprise etc. mais aussi sur les supports de communication – print, web, site internet, des plaquettes, kakémonos, enseignes, signalétique et enfin sur toute la partie digitale avec le community management et la gestion de réseaux sociaux pour des entreprises.

J’adore l’histoire de la naissance de Starteo, c’est une très belle collaboration. 

Effectivement, cela explique énormément de choses : notre mode de fonctionnement à la cool parce qu’on se connaît depuis super longtemps. C’est un état d’esprit qu’on essaie de retranscrire dans notre quotidien, au sein de l’entreprise et dans nos pratiques managériales également. 

C’est génial. En tout cas, félicitations ! 

En septembre, vous avez fait le choix de réduire la semaine de travail à 4 jours, comment cela est venu ?

Ça nous est venu par l’intermédiaire de plusieurs stimuli extérieurs. 

Le premier, c’est que chaque année, nous prenons un temps avec mon associé avant les vacances estivales pour réfléchir au développement de l’entreprise à partir de la rentrée du mois de septembre. Nous réfléchissons certes sur le développement commercial mais surtout, ce qui nous intéresse c’est réfléchir à comment améliorer les conditions de travail de nos collaborateurs ? 

On est vraiment dans une logique où chaque année, nous devons apporter un petit truc en plus afin d’arriver à les stimuler tout au long de l’année. Aujourd’hui, c’est établi. Durant l’été, nous avons entendu parler du fondateur de la société LDLC qui avait mis en place la semaine de quatre jours. 

Ce concept de la semaine de quatre jours, c’est une superbe idée. Forcément, c’est une très grosse structure qui met en place ce dispositif mais on s’est demandés pourquoi à notre échelle, une petite structure, ne pourrait-elle pas essayer de le mettre en place ? 

C’est un sujet que l’on a amené à nos collaborateurs, à nos équipes, en leur disant, que ce n’est pas un acquis, c’est un test et nous allons voir si cela fonctionne. Au vu de l’état d’esprit et le mode de travail que tout le monde possède, passer à une semaine de quatre jours demain ne sera pas un frein au développement de l’entreprise. 

Nous avons réalisé une veille en regardant ce que les autres entreprises faisaient.  Nous n’avons rien inventé, nous avons simplement pris quelque chose qui se faisait déjà ailleurs. Puis nous avons réfléchi à comment retranscrire ce type de pratiques managériales à une toute petite entreprise.

 C’est très intéressant cette phase de réflexion que tu as mené avec Mickael, ton associé où vous avez réfléchi à la stratégie commerciale, la communication mais surtout sur les dispositifs à offrir à vos salariés. Je trouve cela super de dédier un temps pour sur cette réflexion. 

Comment cela a été perçu par les salariés ?

Ils ont été très surpris car même si nous sommes dans une logique d’apporter un plus chaque année à nos collaborateurs, nous en avions déjà « beaucoup fait » sur les années précédentes. 

Quelques exemples : 

  • Cela fait 3 ans trois mois que nous reversons 20% des bénéfices de l’entreprise en fin d’année à tous nos salariés. 
  • L’année dernière alors que nos collaborateurs occupent des postes sédentaires, nous leur avons proposé un véhicule de fonction payé intégralement par la société. 

Nous étions très attendus ! La semaine de quatre jours peut avoir un effet positif pour tout le monde :

  • Les collaborateurs ont un week-end de trois jours. Nos métiers sont des métiers créatifs qui requièrent beaucoup d’attention et beaucoup de concentration, c’est donc épuisant mentalement. Ces trois jours de coupures permettent de se ressourcer, de se régénérer et de repartir de nouveau la semaine suivante. 
  • L’année dernière avec mon associé, nous nous sommes fait accompagner par une coach en coaching pour dirigeant d’entreprise. Ce qui était ressorti de nos échanges, c’est qu’il nous manquait du temps, en tant que dirigeant, pour se poser, échanger, réfléchir à la stratégie de l’entreprise comme on le faisait auparavant une fois par an. Nous nous sommes dit qu’il serait intéressant de faire toutes les semaines et donc lorsque nos équipes ne sont pas là. Ainsi, elles nous sollicitent moins. Ce jour-là, nous sommes seuls à l’agence avec mon associé ce qui nous permet d’échanger pleinement sur des thématiques de fond telles que le recrutement, le management, des sujets que l’on n’aborde pas le reste de la semaine car nous sommes en projet avec des dossiers à livrer.

La prise en considération des salariés est importante et cette réflexion que vous menez avec Mickael est formidable notamment pour le bien-être de vos collaborateurs.

Comment avez-vous procédé à la mise en place de ce dispositif ?

C’était la grande surprise pour tout le monde. La nouvelle a été annoncée lors d’un team building dans le Vercors, nous étions partis faire du triathlon d’été. Au moment de la pause de midi, l’annonce a été faite. Nous leur avons dit, que nous pensions que cela pourrait être une très bonne chose pour ceux qui le souhaitent.  

Le point important, c’est que ce dispositif n’a pas été imposé mais proposé. Ceux qui le souhaitent, ceux qui se sentent de gérer 35 heures sur quatre jours, c’est parti.  La semaine de 4 jours ne veut pas dire que l’on travaille moins, le temps de travail est reconcentré sur une durée de 4 jours et reste identique. 

Globalement, cette annonce a été très bien perçue car ce n’était pas une obligation. D’ailleurs, 

un ou deux collaborateurs ont préféré rester sur un modèle de 5 jours. C’est l’occasion pour eux d’être tranquilles le vendredi car il y a moins de monde à l’agence. C’est un temps où ils sont plus productifs. 

C’est à la carte cependant la seule chose imposée dans cette semaine de quatre jours, c’est que le jour non travaillé soit commun à tout le monde. Nous n’avions pas envie de gérer les plannings de tout le monde. De plus, nos projets sont très collaboratifs où plusieurs profils interviennent et donc il est impensable d’avoir un chaînon du projet qui est manquant. 

C’est la seule contrainte, qui d’ailleurs, a été accueillie très positivement. Aujourd’hui, sur dix collaborateurs, nous sommes 6 ou 7 à être sur cette semaine de 4 jours. 

Les 3 éléments à retenir :

  1. Lors de votre rituel avec ton associé vous avez réfléchi aux nouveautés 
  2. Dans un cadre qui sort du quotidien, lors d’un moment de cohésion, l’annonce a été faite
  3. Vous avez cadré le projet : non imposé, libre mais le jour est commun à tout le monde.

Il ne fallait pas que quelque chose qui pourrait être perçue comme de manière très positive par certains puissent poser des contraintes à d’autres. Au sein de l’équipe, nous sommes tous différents : certains ont des enfants, d’autres pas, certains ont des impératifs de vie. 

Dans notre mode de management, nous avons toujours proposé « à la carte » : nous proposons des choses, si cela vous va, on les active. Si cela ne vous convient pas, nous pouvons faire autre chose et réfléchir à faire autrement.  Le bien-être des équipes, c’est le bien-être de chacun et ce n’est pas forcément un bien-être collectif. Nous n’avons pas besoin des mêmes choses c’est donc pour cela que ça nous semblait important de ne pas rendre cette semaine de 4 jours obligatoire. 

Au bout de 6 mois, quel est le bilan, quels effets as-tu constaté ?

Le bilan est plutôt positif ! Lorsque nous nous sommes lancés, autour de nous, dans notre réseau de chefs d’entreprises nous ont traité de fous. 

Il y avait une part d’inconnu mais l’avantage c’est que nous avions présenté le projet aux équipes et nous nous étions gardé le droit de revenir en arrière si cela mettait en péril le développement de l’entreprise ou les relations avec les clients.

Six mois après, ce dispositif est toujours en place et les effets constatés sont plutôt très positifs. La charge de travail est recentrée sur quatre jours. Les journées sont très denses, les idées fusent. Le jeudi soir, les équipes languissent le week-end puis les 3 jours de pause leur permettent de couper pleinement et de revenir boostés et motivés. Nous constatons moins de fatigue mentale et donc beaucoup plus de motivation, plus de disponibilité mentale. 

Les effets négatifs constatés sont peu nombreux. Nous avons un ou deux clients qui ont eu du mal accepter ce changement car les modifications sur le projet du site ne pourront pas se faire le vendredi car les équipes ne sont pas là. C’est un sujet sur lequel nous communiquons beaucoup, notamment sur les réseaux. Il y a un peu d’éducation à faire au niveau de notre écosystème mais notre fonctionne commence à être connu et perçu, c’est du positif pour tout le monde !

Beaucoup de nos clients sont d’accord avec cela et trouvent même cela chouette de procéder ainsi. Ils nous trouvent courageux, ce n’est pas forcément du courage, mais il est vrai que pour beaucoup, ce type de pratique est réservé à des multinationales cotées en Bourse, alors que pas du tout.

C’est justement la question épineuse, comment réagissent les clients ?  Vous êtes moins disponible sur la semaine complète, vous avez peut-être des temps dédiés à la production et aux clients. Il faut éduquer et rassurer sur le fait que cette organisation ne va pas impacter la qualité de vos prestations. Globalement cela a été bien perçu malgré une phase de réticence vis-à-vis de certains clients ?

En amont, nous avons vraiment pris le temps d’expliquer à nos clients nos nouveaux process. Le vendredi, tel ou tel type de demandes ne pourront pas être traitées dans la journée. Il y en a eu quelques réticences, ce que je peux tout à fait comprendre, mais globalement cela a très bien été accueilli par les clients.

En termes de productivité, nous n’avons pas constaté une baisse de productivité ou le fait que les projets avancent moins vites. Par contre, c’est une nouvelle gymnastique à mettre en place puisque nous avons 20% de jours en moins sur notre planning. Il faut être efficace et beaucoup plus dans l’action. Nous avons peut-être parfois moins de temps à accorder sur les sujets liés à la vie de l’entreprise. 

La petite nouveauté en 2021. Afin d’éviter la course aux livrables, nous avons proposé à nos collaborateurs des trinômes : ils ont pour mission d’organiser tous les deux mois une activité de cohésion pour l’ensemble de l’entreprise avec un budget déterminé, et nous, dirigeants, nous ne nous occupons de rien. 

Par le passé, avec Mickael nous étions en charge de ce sujet mais aujourd’hui, nous avons cette volonté de faire participer tout le monde à la vie de l’entreprise, contribuer au bien-être de chacun. 

Cela se ressent sur notre travail, sur les prestations faites et sur la qualité de nos rendus. Aujourd’hui, nous sommes plus que satisfaits de ce qu’on est capable de livrer à nos clients malgré le fait que l’on soit en semaine de quatre jours. 

C’est important d’instaurer ces rituels. Initialement, j’étais très, très intéressée par ce sujet qu’est la semaine de quatre jours mais au final au fils de nos échanges, je me rends compte que la culture au sein de Starteo est basée sur la collaboration, mais aussi sur l’individu. Vous vous adaptez à chaque personne, je trouve ça formidable. Cela donne envie de rejoindre Starteo. C’est ce que vous faites au quotidien s’inscrit dans une démarche commune. Vous possédez une vision et des valeurs communes

Vous avez la capacité à vous remettre en question, à vous interroger. Vous allez inclure/intégrer vos salariés dans des réflexions telles que la semaine de quatre jours ou encore des sessions de cohésion. 

Effectivement, nous avons vraiment envie de prendre le contrepied de certaines pratiques. Dans le team building aujourd’hui, nous entendons beaucoup parler des séminaires de cohésion. Le collectif est important. 

Nous avons un double volet où nous voulons que collectivement cela fonctionne, nous faisons un travail collectif : graphiste, développeur web, community manager, chacun apporte sa pierre à l’édifice. Il y a vraiment un aspect collaboratif mais nous aussi très sensibles au bien-être individuel. 

Plutôt qu’ « imposer », comme on le faisait chaque année un team building organisé par les dirigeants d’entreprise, pourquoi ne pas laisser l’opportunité à chacun de nous amener sur un team building et sur une activité qui lui est chère, auquel nous dirigeants nous n’aurions pas pensé. 

La somme de ces deux volets, perso/collectif, après dix ans, tous les collaborateurs qui sont présents aujourd’hui sont des personnes qui sont arrivées à un moment donné et qui ne sont jamais parties. 

C’est un excellent indicateur !

C’est un bon indicateur, nous n’avons jamais eu de turn over. Tous les collaborateurs présents aujourd’hui, sont arrivés à un moment donné car la société se développait. Ils ont été embauchés et sont toujours présents, pour certains huit ou neuf ans plus tard. 

Le meilleur des indicateurs est le turn over ! Cela montre bien que les collaborateurs sont épanouis dans ce qu’ils font, ils occupent un poste qui ont du sens et se développent dans une entreprise qui leur fait confiance et où ils sont pris en considération. Le collaborateur se sent écouté et impliqué. 

Aujourd’hui, nous parlons de plus en plus d’épanouissement au travail et de bien-être au travail. Vous avez intégré cette réflexion-là dans votre stratégie. 

Pour toi, quel serait le mot de la fin ? le mot qui représenterait l’état d’esprit Starteo ? 

Notre philosophie : prendre du plaisir au travail et ne jamais percevoir des journées de travail comme une contrainte.

Lorsque l’on est à son compte, c’est peut-être un petit peu plus facile que quand on est salarié, cependant, c’est un de nos objectifs. 

Nous voulons faire en sorte que nos salariés se sentent aussi bien que s’ils étaient dans leur entreprise car c’est aussi leur entreprise. Ils ne sont pas que salariés Starteo. Nous avons envie que chacun se sente comme chez soi et s’approprie l’entreprise. 

Le petit mot de la fin pour moi et la raison pour laquelle j’ai été intéressé par ta démarche : j’aimerai sensibiliser les entreprises et les entrepreneurs qui nous écouterons sur le fait qu’il n’y a pas besoin d’être une multinationale ou d’être au CAC 40 pour avoir ce genre de pratique. 

En effet, nous en entendons beaucoup parler par l’intermédiaire de grands groupes tels que Danone, BNP, etc. mais ceci est à la portée de n’importe qui. 

Il faut cependant veiller à l’amorcer auprès de ses collaborateurs et à bien communiquer auprès de son écosystème pour que ces pratiques soient acceptées. 

Cerise sur le gâteau, cela développe l’attractivité de l’entreprise. Aujourd’hui, depuis que nous avons mis en place ce genre de pratiques et que nous communiquons dessus, notamment sur LinkedIn, nous avons un nombre de candidatures spontanées qui est beaucoup plus important que par le passé. 

Effectivement, cela impacte votre marque employeur ! La boucle est bouclée !

Je te remercie Anaïs, c’était un super moment, je te remercie en tout cas ! 

Merci à toi pour ces échanges extrêmement inspirants et je pense que je ferai de nouveau appel à toi de nouveau afin de parler culture, valeurs, rituels en entreprise et merci du fond du cœur. 

Avec plaisir pour intervenir une prochaine fois auprès de Holi RH. Je te souhaite pleins de bonnes choses avec ton podcast qui en tout cas dans l’approche va faire pas mal de bruit et générer de nombreuses écoutes. 

Vous l’aurez compris, ces pratiques ne sont pas réservés qu’aux grands groupes !

Dans certains pays tels que la Finlande, les Etat-Unis, la Nouvelle Zélande ou encore l’Allemagne, la semaine à 4 jours est une pratique très courante dans les entreprises.

C’est une expérience profitable pour tous. Les salariés sont intéressés donc motivés, donc reboostés, il y a moins de présentéisme, moins de perte de temps inutile. En bout de chaîne une performance d’entreprise inchangée voire améliorée.

Et si vous passiez à la semaine de 4 jours ?

Un grand merci pour votre écoute, n’hésitez pas à en parler autour de vous et suivez mes aventures sur Linkedin ou sur www.holirh.fr

Je suis Anaïs Beaucourt, consultante en innovation RH et vous écoutez Holi RH

L’objectif de ces épisodes est de mettre en lumière des entreprises et leurs pratiques RH. Tout au long de votre écoute, nous vous donnons des clefs et des outils pour vous guider dans vos réflexions et pour gagner en autonomie et sérénité dans votre GRH.

Le mouvement international en faveur de la semaine de 4 jours est en plein essor. Ses tenants affirment qu’une telle organisation permet non seulement d’améliorer le bien-être des employés en réduisant le stress mais également leurs performances au travail.

Il y a 2 ans, l’entreprise Perpetual Guardian a fait le choix d’accorder chaque semaine une journée de congé supplémentaire à ses employés. Son fondateur, Andrew Barnes, découvre que dans le monde entier les employés sont productifs que quelques heures par jour. Dans cette entreprise, la démarche consiste à admettre l’existence de périodes de relâchement lors des journées de travail.

Une étude a montré que la productivité augmente de 40% lorsque les employés sont moins stressés.

Aujourd’hui, j’échange avec Vincent Genillion, co-fondateur de Starteo agence de communication digitale. Récemment, Vincent et Mickael son associé, ont décidé de mettre en place la semaine à 4 jours. Voici son retour d’expérience !

Bonjour Vincent, 

Comment vas-tu ? 

Bien merci et toi ? Je suis très content d’être avec toi aujourd’hui, de pouvoir échanger sur les ressources humaines, le management. Je voulais te remercier pour ton invitation à participer au podcast. 

Merci à toi, en tout cas, d’avoir répondu positivement. Je suis vraiment très contente de t’interviewer. Mon attention s’est portée sur un post que tu avais publié sur LinkedIn mais nous allons y revenir un peu plus tard. 

Peux-tu nous parler de Starteo ?

Starteo est une agence de communication que j’ai fondé il y a 10 ans. Nous avons fêté les 10 ans, le mois dernier avec mon associé Mickael. Pour l’anecdote (qui va expliquer beaucoup de choses par la suite). On est des amis d’enfance avec Mickael. Nous ne nous sommes jamais quittés, nous avons été ensemble en seconde puis nous avons eu notre bac ensemble. Ensuite, nous avons fait la même école de commerce puis à la sortie de l’école de commerce, nous avons travaillé pendant deux ans dans la même société puis un jour nous nous sommes dit qu’il fallait que l’on monte notre boîte ensemble. 

A l’époque, on travaillait dans le secteur de la vente en ligne, dans le digital. Et donc, c’est de cette manière que Starteo est né, il y a 10 ans. Pour faire rapide, Starteo est une agence de communication composée de 10 collaborateurs et nous accompagnons les entreprises, les collectivités sur tout ce qui va être le développement d’image – logo, l’identité de l’entreprise etc. mais aussi sur les supports de communication – print, web, site internet, des plaquettes, kakémonos, enseignes, signalétique et enfin sur toute la partie digitale avec le community management et la gestion de réseaux sociaux pour des entreprises.

J’adore l’histoire de la naissance de Starteo, c’est une très belle collaboration. 

Effectivement, cela explique énormément de choses : notre mode de fonctionnement à la cool parce qu’on se connaît depuis super longtemps. C’est un état d’esprit qu’on essaie de retranscrire dans notre quotidien, au sein de l’entreprise et dans nos pratiques managériales également. 

C’est génial. En tout cas, félicitations ! 

En septembre, vous avez fait le choix de réduire la semaine de travail à 4 jours, comment cela est venu ?

Ça nous est venu par l’intermédiaire de plusieurs stimuli extérieurs. 

Le premier, c’est que chaque année, nous prenons un temps avec mon associé avant les vacances estivales pour réfléchir au développement de l’entreprise à partir de la rentrée du mois de septembre. Nous réfléchissons certes sur le développement commercial mais surtout, ce qui nous intéresse c’est réfléchir à comment améliorer les conditions de travail de nos collaborateurs ? 

On est vraiment dans une logique où chaque année, nous devons apporter un petit truc en plus afin d’arriver à les stimuler tout au long de l’année. Aujourd’hui, c’est établi. Durant l’été, nous avons entendu parler du fondateur de la société LDLC qui avait mis en place la semaine de quatre jours. 

Ce concept de la semaine de quatre jours, c’est une superbe idée. Forcément, c’est une très grosse structure qui met en place ce dispositif mais on s’est demandés pourquoi à notre échelle, une petite structure, ne pourrait-elle pas essayer de le mettre en place ? 

C’est un sujet que l’on a amené à nos collaborateurs, à nos équipes, en leur disant, que ce n’est pas un acquis, c’est un test et nous allons voir si cela fonctionne. Au vu de l’état d’esprit et le mode de travail que tout le monde possède, passer à une semaine de quatre jours demain ne sera pas un frein au développement de l’entreprise. 

Nous avons réalisé une veille en regardant ce que les autres entreprises faisaient.  Nous n’avons rien inventé, nous avons simplement pris quelque chose qui se faisait déjà ailleurs. Puis nous avons réfléchi à comment retranscrire ce type de pratiques managériales à une toute petite entreprise.

 C’est très intéressant cette phase de réflexion que tu as mené avec Mickael, ton associé où vous avez réfléchi à la stratégie commerciale, la communication mais surtout sur les dispositifs à offrir à vos salariés. Je trouve cela super de dédier un temps pour sur cette réflexion. 

Comment cela a été perçu par les salariés ?

Ils ont été très surpris car même si nous sommes dans une logique d’apporter un plus chaque année à nos collaborateurs, nous en avions déjà « beaucoup fait » sur les années précédentes. 

Quelques exemples : 

  • Cela fait 3 ans trois mois que nous reversons 20% des bénéfices de l’entreprise en fin d’année à tous nos salariés. 
  • L’année dernière alors que nos collaborateurs occupent des postes sédentaires, nous leur avons proposé un véhicule de fonction payé intégralement par la société. 

Nous étions très attendus ! La semaine de quatre jours peut avoir un effet positif pour tout le monde :

  • Les collaborateurs ont un week-end de trois jours. Nos métiers sont des métiers créatifs qui requièrent beaucoup d’attention et beaucoup de concentration, c’est donc épuisant mentalement. Ces trois jours de coupures permettent de se ressourcer, de se régénérer et de repartir de nouveau la semaine suivante. 
  • L’année dernière avec mon associé, nous nous sommes fait accompagner par une coach en coaching pour dirigeant d’entreprise. Ce qui était ressorti de nos échanges, c’est qu’il nous manquait du temps, en tant que dirigeant, pour se poser, échanger, réfléchir à la stratégie de l’entreprise comme on le faisait auparavant une fois par an. Nous nous sommes dit qu’il serait intéressant de faire toutes les semaines et donc lorsque nos équipes ne sont pas là. Ainsi, elles nous sollicitent moins. Ce jour-là, nous sommes seuls à l’agence avec mon associé ce qui nous permet d’échanger pleinement sur des thématiques de fond telles que le recrutement, le management, des sujets que l’on n’aborde pas le reste de la semaine car nous sommes en projet avec des dossiers à livrer.

La prise en considération des salariés est importante et cette réflexion que vous menez avec Mickael est formidable notamment pour le bien-être de vos collaborateurs.

Comment avez-vous procédé à la mise en place de ce dispositif ?

C’était la grande surprise pour tout le monde. La nouvelle a été annoncée lors d’un team building dans le Vercors, nous étions partis faire du triathlon d’été. Au moment de la pause de midi, l’annonce a été faite. Nous leur avons dit, que nous pensions que cela pourrait être une très bonne chose pour ceux qui le souhaitent.  

Le point important, c’est que ce dispositif n’a pas été imposé mais proposé. Ceux qui le souhaitent, ceux qui se sentent de gérer 35 heures sur quatre jours, c’est parti.  La semaine de 4 jours ne veut pas dire que l’on travaille moins, le temps de travail est reconcentré sur une durée de 4 jours et reste identique. 

Globalement, cette annonce a été très bien perçue car ce n’était pas une obligation. D’ailleurs, 

un ou deux collaborateurs ont préféré rester sur un modèle de 5 jours. C’est l’occasion pour eux d’être tranquilles le vendredi car il y a moins de monde à l’agence. C’est un temps où ils sont plus productifs. 

C’est à la carte cependant la seule chose imposée dans cette semaine de quatre jours, c’est que le jour non travaillé soit commun à tout le monde. Nous n’avions pas envie de gérer les plannings de tout le monde. De plus, nos projets sont très collaboratifs où plusieurs profils interviennent et donc il est impensable d’avoir un chaînon du projet qui est manquant. 

C’est la seule contrainte, qui d’ailleurs, a été accueillie très positivement. Aujourd’hui, sur dix collaborateurs, nous sommes 6 ou 7 à être sur cette semaine de 4 jours. 

Les 3 éléments à retenir :

  1. Lors de votre rituel avec ton associé vous avez réfléchi aux nouveautés 
  2. Dans un cadre qui sort du quotidien, lors d’un moment de cohésion, l’annonce a été faite
  3. Vous avez cadré le projet : non imposé, libre mais le jour est commun à tout le monde.

Il ne fallait pas que quelque chose qui pourrait être perçue comme de manière très positive par certains puissent poser des contraintes à d’autres. Au sein de l’équipe, nous sommes tous différents : certains ont des enfants, d’autres pas, certains ont des impératifs de vie. 

Dans notre mode de management, nous avons toujours proposé « à la carte » : nous proposons des choses, si cela vous va, on les active. Si cela ne vous convient pas, nous pouvons faire autre chose et réfléchir à faire autrement.  Le bien-être des équipes, c’est le bien-être de chacun et ce n’est pas forcément un bien-être collectif. Nous n’avons pas besoin des mêmes choses c’est donc pour cela que ça nous semblait important de ne pas rendre cette semaine de 4 jours obligatoire. 

Au bout de 6 mois, quel est le bilan, quels effets as-tu constaté ?

Le bilan est plutôt positif ! Lorsque nous nous sommes lancés, autour de nous, dans notre réseau de chefs d’entreprises nous ont traité de fous. 

Il y avait une part d’inconnu mais l’avantage c’est que nous avions présenté le projet aux équipes et nous nous étions gardé le droit de revenir en arrière si cela mettait en péril le développement de l’entreprise ou les relations avec les clients.

Six mois après, ce dispositif est toujours en place et les effets constatés sont plutôt très positifs. La charge de travail est recentrée sur quatre jours. Les journées sont très denses, les idées fusent. Le jeudi soir, les équipes languissent le week-end puis les 3 jours de pause leur permettent de couper pleinement et de revenir boostés et motivés. Nous constatons moins de fatigue mentale et donc beaucoup plus de motivation, plus de disponibilité mentale. 

Les effets négatifs constatés sont peu nombreux. Nous avons un ou deux clients qui ont eu du mal accepter ce changement car les modifications sur le projet du site ne pourront pas se faire le vendredi car les équipes ne sont pas là. C’est un sujet sur lequel nous communiquons beaucoup, notamment sur les réseaux. Il y a un peu d’éducation à faire au niveau de notre écosystème mais notre fonctionne commence à être connu et perçu, c’est du positif pour tout le monde !

Beaucoup de nos clients sont d’accord avec cela et trouvent même cela chouette de procéder ainsi. Ils nous trouvent courageux, ce n’est pas forcément du courage, mais il est vrai que pour beaucoup, ce type de pratique est réservé à des multinationales cotées en Bourse, alors que pas du tout.

C’est justement la question épineuse, comment réagissent les clients ?  Vous êtes moins disponible sur la semaine complète, vous avez peut-être des temps dédiés à la production et aux clients. Il faut éduquer et rassurer sur le fait que cette organisation ne va pas impacter la qualité de vos prestations. Globalement cela a été bien perçu malgré une phase de réticence vis-à-vis de certains clients ?

En amont, nous avons vraiment pris le temps d’expliquer à nos clients nos nouveaux process. Le vendredi, tel ou tel type de demandes ne pourront pas être traitées dans la journée. Il y en a eu quelques réticences, ce que je peux tout à fait comprendre, mais globalement cela a très bien été accueilli par les clients.

En termes de productivité, nous n’avons pas constaté une baisse de productivité ou le fait que les projets avancent moins vites. Par contre, c’est une nouvelle gymnastique à mettre en place puisque nous avons 20% de jours en moins sur notre planning. Il faut être efficace et beaucoup plus dans l’action. Nous avons peut-être parfois moins de temps à accorder sur les sujets liés à la vie de l’entreprise. 

La petite nouveauté en 2021. Afin d’éviter la course aux livrables, nous avons proposé à nos collaborateurs des trinômes : ils ont pour mission d’organiser tous les deux mois une activité de cohésion pour l’ensemble de l’entreprise avec un budget déterminé, et nous, dirigeants, nous ne nous occupons de rien. 

Par le passé, avec Mickael nous étions en charge de ce sujet mais aujourd’hui, nous avons cette volonté de faire participer tout le monde à la vie de l’entreprise, contribuer au bien-être de chacun. 

Cela se ressent sur notre travail, sur les prestations faites et sur la qualité de nos rendus. Aujourd’hui, nous sommes plus que satisfaits de ce qu’on est capable de livrer à nos clients malgré le fait que l’on soit en semaine de quatre jours. 

C’est important d’instaurer ces rituels. Initialement, j’étais très, très intéressée par ce sujet qu’est la semaine de quatre jours mais au final au fils de nos échanges, je me rends compte que la culture au sein de Starteo est basée sur la collaboration, mais aussi sur l’individu. Vous vous adaptez à chaque personne, je trouve ça formidable. Cela donne envie de rejoindre Starteo. C’est ce que vous faites au quotidien s’inscrit dans une démarche commune. Vous possédez une vision et des valeurs communes

Vous avez la capacité à vous remettre en question, à vous interroger. Vous allez inclure/intégrer vos salariés dans des réflexions telles que la semaine de quatre jours ou encore des sessions de cohésion. 

Effectivement, nous avons vraiment envie de prendre le contrepied de certaines pratiques. Dans le team building aujourd’hui, nous entendons beaucoup parler des séminaires de cohésion. Le collectif est important. 

Nous avons un double volet où nous voulons que collectivement cela fonctionne, nous faisons un travail collectif : graphiste, développeur web, community manager, chacun apporte sa pierre à l’édifice. Il y a vraiment un aspect collaboratif mais nous aussi très sensibles au bien-être individuel. 

Plutôt qu’ « imposer », comme on le faisait chaque année un team building organisé par les dirigeants d’entreprise, pourquoi ne pas laisser l’opportunité à chacun de nous amener sur un team building et sur une activité qui lui est chère, auquel nous dirigeants nous n’aurions pas pensé. 

La somme de ces deux volets, perso/collectif, après dix ans, tous les collaborateurs qui sont présents aujourd’hui sont des personnes qui sont arrivées à un moment donné et qui ne sont jamais parties. 

C’est un excellent indicateur !

C’est un bon indicateur, nous n’avons jamais eu de turn over. Tous les collaborateurs présents aujourd’hui, sont arrivés à un moment donné car la société se développait. Ils ont été embauchés et sont toujours présents, pour certains huit ou neuf ans plus tard. 

Le meilleur des indicateurs est le turn over ! Cela montre bien que les collaborateurs sont épanouis dans ce qu’ils font, ils occupent un poste qui ont du sens et se développent dans une entreprise qui leur fait confiance et où ils sont pris en considération. Le collaborateur se sent écouté et impliqué. 

Aujourd’hui, nous parlons de plus en plus d’épanouissement au travail et de bien-être au travail. Vous avez intégré cette réflexion-là dans votre stratégie. 

Pour toi, quel serait le mot de la fin ? le mot qui représenterait l’état d’esprit Starteo ? 

Notre philosophie : prendre du plaisir au travail et ne jamais percevoir des journées de travail comme une contrainte.

Lorsque l’on est à son compte, c’est peut-être un petit peu plus facile que quand on est salarié, cependant, c’est un de nos objectifs. 

Nous voulons faire en sorte que nos salariés se sentent aussi bien que s’ils étaient dans leur entreprise car c’est aussi leur entreprise. Ils ne sont pas que salariés Starteo. Nous avons envie que chacun se sente comme chez soi et s’approprie l’entreprise. 

Le petit mot de la fin pour moi et la raison pour laquelle j’ai été intéressé par ta démarche : j’aimerai sensibiliser les entreprises et les entrepreneurs qui nous écouterons sur le fait qu’il n’y a pas besoin d’être une multinationale ou d’être au CAC 40 pour avoir ce genre de pratique. 

En effet, nous en entendons beaucoup parler par l’intermédiaire de grands groupes tels que Danone, BNP, etc. mais ceci est à la portée de n’importe qui. 

Il faut cependant veiller à l’amorcer auprès de ses collaborateurs et à bien communiquer auprès de son écosystème pour que ces pratiques soient acceptées. 

Cerise sur le gâteau, cela développe l’attractivité de l’entreprise. Aujourd’hui, depuis que nous avons mis en place ce genre de pratiques et que nous communiquons dessus, notamment sur LinkedIn, nous avons un nombre de candidatures spontanées qui est beaucoup plus important que par le passé. 

Effectivement, cela impacte votre marque employeur ! La boucle est bouclée !

Je te remercie Anaïs, c’était un super moment, je te remercie en tout cas ! 

Merci à toi pour ces échanges extrêmement inspirants et je pense que je ferai de nouveau appel à toi de nouveau afin de parler culture, valeurs, rituels en entreprise et merci du fond du cœur. 

Avec plaisir pour intervenir une prochaine fois auprès de Holi RH. Je te souhaite pleins de bonnes choses avec ton podcast qui en tout cas dans l’approche va faire pas mal de bruit et générer de nombreuses écoutes. 

Vous l’aurez compris, ces pratiques ne sont pas réservés qu’aux grands groupes !

Dans certains pays tels que la Finlande, les Etat-Unis, la Nouvelle Zélande ou encore l’Allemagne, la semaine à 4 jours est une pratique très courante dans les entreprises.

C’est une expérience profitable pour tous. Les salariés sont intéressés donc motivés, donc reboostés, il y a moins de présentéisme, moins de perte de temps inutile. En bout de chaîne une performance d’entreprise inchangée voire améliorée.

Et si vous passiez à la semaine de 4 jours ?

Un grand merci pour votre écoute, n’hésitez pas à en parler autour de vous et suivez mes aventures sur Linkedin ou sur www.holirh.fr


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